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Ce matin-là, quand mon téléphone se met à vibrer, je pressens le pire. Il est trop tôt pour les bonnes nouvelles, elles n’arrivent jamais avant le café.
C’est Marc, le responsable informatique d’un grand groupe industriel français : « la base de données de la compatibilité consolidée du groupe est corrompue. Une erreur de manipulation humaine » précise-t-il dit. Bref, un truc bête, un traitement qu’il n’aurait pas fallu lancer de cette manière. Il y a dans sa voix un mélange d’anxiété et de nervosité.

« Il faut qu’on restaure ! » J’attends le Mais qui ne tarde pas à venir : « Mais je ne sais pas ce qu’il faut faire...», finit-il par avouer.
La solution de sauvegarde est à peine installée depuis deux semaines. En soi, il s’agit plutôt d’une bonne nouvelle.
Nous avions dans ce laps de temps procédé à certains tests de restauration avec succès, mais par manque de temps, nous n’avions pas pu tester tous les scénarii...

60 minutes plus tard, je retrouve Marc, en compagnie du directeur général et du chef comptable. Le DG arpente nerveusement le couloir tapissé d’une épaisse moquette séparant son bureau de la machine à café. À chaque pas, il semble s’enfoncer un peu plus dans ses inquiétudes.

Le chef comptable est assis dans un fauteuil, vintage, muet, bras ballants accablé par l’inquiétude en raison de la criticité du sinistre.

Marc a opté pour une occupation plus personnelle, mais qui ne dissimule pas pour autant son stress : il se ronge les ongles, impatient de me voir arriver et inquiet du résultat.

Il m’expose le problème. Il y a urgence. Dans 4 heures, le bilan annuel doit être présenté au conseil d’administration avant communication des résultats aux actionnaires.

Je me concentre sur mon patient, le serveur. Il faut que je détermine précisément ou tout au moins le plus précisément possible, l’heure du sinistre avant de lancer l’opération : restaurer la base Oracle, juste avant l’incident afin de minimiser la perte de données.

Je propose à Marc, qui a repris quelques couleurs, un « Point-In-Time-Recovery » consistant à restaurer la base depuis une sauvegarde sans pour autant « rejouer » l’ensemble des transactions : un vrai retour dans le passé.

Je me montre confiant, pourtant je suis loin d’être sûr de moi. Ce « sauvetage » est un peu mon baptême du feu, il y 20 ans, je manque encore cruellement d’expérience technique.

Sous la chape de plomb qui a empli la salle système, je sens leur regard chargé à la fois d’espoir et de panique, se poser lourdement sur mes frêles épaules, scrutant chaque frappe que j’effectue sur le clavier.

Après une ultime sauvegarde à froid de la base de données, par pure sécurité, je prends connaissance de l’heure fatidique, quelques chiffres anodins griffonnés sur un post-it jaune. Nous y sommes. L’heure de vérité approche. La restauration doit se faire quelques minutes avant le drame… En mon for intérieur, je prie pour que les infos soient justes et que les sauvegardes se soient déroulées correctement. La barre de progression affiche à l’écran l’avancé de la restauration ; jamais la progression n’a été aussi longue. Nos yeux sont attachés à l’écran comme une huitre à son rocher ; rien, ni vents ni marées, n’aurait pu nous en détourner. 30 interminables minutes avant que 100% ne s’affiche en vert sur l’écran, la restauration s’est déroulée avec succès.

Je souffle à l’idée que le paramétrage du logiciel de sauvegarde était correct.

Quelques commandes SQL, plus tard, la base de données s’ouvre. Je cède alors ma place à celui que le temps de restauration a fini de figer dans son fauteuil le chef comptable.

Tout est ok. Le bilan attendait là, lové au creux du serveur, attendant d’être imprimé et présenté aux actionnaires.

C’était l’heure du café, celui qui annonce enfin les bonnes nouvelles.

Dans l’intervalle, le chef comptable sorti de sa torpeur avait filé dans son bureau, d’un pas pressé, afin de procéder aux dernières vérifications.

C’est avec un sourire qui se passe de tout discours qu’il revient quelques minutes plus tard dans le bureau du directeur général.

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